• Hélie B.

Le récit de vie, c'est un cadeau !


J'aurais pu aussi bien intituler cet article "petite aventure de biographe" car finalement, c'est une anecdote qui m'a donné l'envie d'écrire ces quelques mots sur cette activité qui me passionne.


Petite aventure de biographe Rendez-vous aujourd’hui chez une cliente dont j’écris le récit de vie. Nous en sommes à notre 8e entrevue depuis mai. L’objectif de ma cliente est d’offrir son récit de vie à ses enfants pour Noël. Sans doute pourrons-nous concrétiser dans les temps cette surprise qu’elle souhaite leur faire… Si toutefois son fiston ne débarque pas à l’improviste lors de notre prochaine rencontre ! Il a heureusement toqué à la porte avant que j’aie pu sortir le dictaphone et mon carnet de prise de notes ! Ma cliente et moi avons noyé le poisson dans une visite de courtoisie et un café… « what else ? » Sourire de connivence, on se rappelle.

Je ris en pensant à cette nouvelle anecdote un peu marquante de ma vie de biographe.

Après les secrets de famille dont je me suis dépositaire, les témoignages poignants ou drôles qui jalonnent les récits des personnes que j’accompagne, voici donc un nouvel aléa que je pourrais raconter sans trahir la confiance.

La suite au prochain épisode J’avais hâte une nouvelle fois de rencontrer cette dame, car nous avons tissé un lien au fil des entretiens et des émotions qui s’y sont passées. Je suis comme une enfant qui a très envie de connaitre la suite de l’histoire. J’aime, autant qu’elle je crois, ce temps d’écoute et de partage où ses souvenirs revivent au rythme des grandes étapes de sa vie. Retracer son parcours et le raconter n’est pas toujours simple.

Mémoire et vérité Non pas qu’elle me cache des choses, mais la mémoire n’est pas linéaire, elle est même protéiforme. Elle s’appuie sur des objets, des couleurs, des odeurs, des émotions en somme et puis bien sûr, des événements qu’il faut faire renaître au détour d’un discours, par une question, une date, une remise en contexte dans la grande Histoire. Je pourrais aussi m’appuyer sur la photothèque personnelle de cette cliente, mais elle a donné toutes ses photos à ses enfants. Alors j’ai besoin de recouper les informations, faire quelques recherches sur les lieux, consulter des archives historiques, judiciaires, trouver d’autres photos qui pourraient lui parler. Ce travail de détective, d’accoucheur de souvenirs enfouis, ce n’est pas de l’indiscrétion, c’est une réelle et bienveillante curiosité ainsi qu’une recherche d’authenticité au service de la parole de la personne qui fait appel à mes services.

Entre le réel et la fiction Une fois les entretiens réalisés, la transcription et la réécriture me prennent un temps certain… Il faut dire que, de la même manière que dans l’écriture fictionnelle, écrire la vie d’autrui m’implique physiquement et mentalement. L’écriture qui me prend aux tripes, celle qui m’habite en sorte que je ne vis plus que par mes personnages, elle est la même dans le récit de vie. Raconter la vie d’autrui, c’est l’incorporer comme personnage et lui faire revivre ses propres aventures avec ses mots, son style, son contexte historique. Et cette incorporation est toujours aussi fascinante à vivre et à expérimenter pour moi, surtout qu’il s’agit d’une vraie vie, et qu’elle n’est pas toujours romanesque. Mais comme chaque existence présente un intérêt propre, il suffit de s’adapter, d’être à l’écoute et d’offrir le meilleur de ses compétences littéraires pour rendre à César ce qui lui appartient.

Et si je vous disais que je me régale ?

#biographie