• Hélie B.

L’éloge de la lenteur à l’ère 3.0


Pour qui me connaît, l’éloge de la lenteur, c’est une petite blague entre amis, bien sûr.


J’ai ma réputation d’avoir toujours un train d’avance, je cours tout le temps, je saute d’une idée à une autre, je construis plein de projets, et une chose entraînant l’autre, ça ne s’arrête plus… et j’adore ça, avoir une vie riche, dense et pleine de trucs plus ou moins importants à faire. Cependant, je ne vous cache pas qu’il y a toujours comme une vague et sourde frustration avec ces heures, minutes, secondes qui me filent entre les doigts... Et puis il fut un temps pas si lointain où l’on disait « qui veut aller loin ménage sa monture ». Mais j’entends la petite voix de la déraison qui m’incite aussi à consommer sur le temps présent : la fibre, le haut débit ou la 4G se sont installés dans tous les foyers (ou presque!), pourquoi faire les choses lentement ou prendre son temps ? Tout est à portée de clic ! Eh oui ! On n’a qu’une vie ! Autant en profiter à cent à l’heure !

Oui mais, justement, c’est parce qu’on n’a qu’une vie que prendre le temps, c’est en gagner. Les études nous le disent, les médecins nous le disent… et notre porte-monnaie aussi sans aucun doute ! Pour vivre sain et vieux, vivons lentement.

Mais vous êtes comme moi, bien sûr ! Vous avez un programme de vie chargé, des enfants à élever, un mariage ou un divorce à payer, des projets pleins la tête (une maison, un grand voyage!), des envies que l’argent seul peuvent vous apporter, et donc pour le gagner, il faut travailler, viser une promotion, ambitionner un autre job, ne pas se faire virer, donner le meilleur de soi-même et espérer que le coûteux abonnement à la salle de sport vous apportera le bien-être, reculera le moment fatidique où vous aurez, comme tout le monde, 45 ans, des rides, des cheveux blancs à masquer, qu’on vous dira senior…

Alors je me suis dit : il n’est jamais trop tard pour ralentir.

Foncer tête baissée ne m’évitera pas le mur (du columbarium, s’entend ! ^^) et n’empêchera pas l’horloge biologique de tourner… Alors moi qui adore raconter les histoires de vie des autres, laissez-moi pour une fois vous raconter ma formidable expérience du temps qui s’approfondit et agit comme un ralentisseur d’existence, car j’ai découvert il y a peu une pratique « bluffante » : le mindfulness.

Un mardi après-midi ensoleillé d’été, j’avais un urgent besoin d’un petit goûter, une viennoiserie pleine de bonnes vitamines et de minéraux, et naturellement riche en gluten et en lactose. Tout ce qui est fondamentalement bon pour qui n’est ni intolérant ni allergique. Et puis la boulangerie que je préfère se trouve juste devant la médiathèque… quel heureux hasard, n’est-ce pas ? Donc un livre des éditions Grasset dans le sac et une livre de gras sur chaque hanche, pour faire bonne mesure !

Malheureusement, plus de chaussons aux pommes, ni de bichon citron, ni même de kouign-amann chez (bip!). Qu’à cela ne tienne, optons pour une valeur sûre : le pain au chocolat, autrement appelé "chocolatine" dans le sud-ouest de notre beau pays (mais ne relançons pas la polémique!)

Il ne m’a pas fallu longtemps pour décider de compenser ma culpabilité d’un achat plaisir parfaitement inutile par une séance de dégustation « en pleine conscience ». On pourrait appeler ça faire durer le plaisir, mais c’est mieux encore !


Avez-vous déjà pris le temps, confortablement installé dans votre fauteuil préféré, de découvrir un pain au chocolat avec les yeux d’un martien ? Le retourner sous toutes les coutures, le palper doucement avec tous les doigts, découvrir le vrai feuilleté (ce pâtissier est juste fabuleux!) en cinq couches qui s’ourlent comme un escargot autour de deux bouts de chocolat un peu fondus qui dépassent, laissant imaginer la suite, nichée à l’intérieur. Observer cette pâtisserie en laissant passer toutes les pensées, s’attacher à cet instant, y revenir, humer, tester la texture avec les lèvres… et puis croquer dans ce croustillant et moelleux délice, toutes les papilles en ébullition. Ça salive tout seul à l’intérieur : le palais, les dents, la langue, la mastication sereine sont un moyen de saisir la moindre nuance d’un goût que vous aviez comme oublié. Et vous renouvelez l’expérience.

Et tout ça dure six minutes : six minutes où vous étiez enfin connecté, non pas à votre smartphone, à votre tablette, aux réseaux sociaux, mais six minutes intenses où vous étiez présent à vous-même, à votre corps, à vos sensations, vos émotions.

Je ne pense pas avoir trouvé la recette de la longévité : la vie peut se charger à chaque instant de me rappeler que je suis mortelle, mais en revanche, j’ai trouvé là le moyen d’être présente à ce que je fais, à m’attacher à habiter ce que j’aime… et finalement l’écrire, car le bonheur, c’est définitivement meilleur quand on le partage !

1. Photo by Nathan Dumlao on Unsplash

2. Photo by Becca Tarter on Unsplash